Ma première fournée de macatias ratée devant toute la famille

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Les macatias gonflaient déjà sous le torchon, et l’odeur de brioche chaude a rempli la cuisine quand je suis rentrée du marché de Talensac, à Nantes, avec la farine Francine encore dans le sac. Mes deux enfants tournaient autour de la table, et mes grands-parents attendaient dans le salon. J’avais les mains pleines de pâte, et je savais déjà que quelque chose clochait.

Je n’étais pas une boulangère, juste une mère sous pression

Je suis rédactrice culinaire, à Nantes, et je passe mes journées à peser, noter, comparer. Pourtant, ce soir-là, je ne me suis pas sentie très maligne. J’avais promis un goûter maison à mes grands-parents, qui viennent rarement, et je voulais que mes enfants voient une belle fournée sortir du four.

Je suis partie d’une recette lue sur un blog de La Réunion, puis je me suis retrouvée à vouloir marquer le coup sans y mettre un gros budget. J’avais acheté farine, beurre et levure pour 6,40 euros, avec une farine Francine et une levure Alsa. Dans ma tête, douze petits pains moelleux ne pouvaient pas me résister bien longtemps. J’étais sûre de moi, et ça m’a joué un sale tour.

Je pensais que la pâte se domptait vite. Je la voyais comme une pâte à brioche un peu plus simple, avec juste un pétrissage franc et un repos tranquille. J’ai appris à regarder une mie, pas à forcer une boule à la main.

Je ne mesurais pas encore le poids du geste. J’avais aussi sous-estimé le sel, que j’ai mis trop près de la levure. Sur le moment, je n’ai rien vu. J’ai travaillé la pâte comme si elle devait obéir tout de suite, et j’ai rajouté de la farine à la poignée quand elle collait un peu trop aux doigts.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas

Au façonnage, j’ai serré les boules trop fort. La pâte semblait molle, alors j’ai appuyé davantage avec la paume. La surface n’a jamais pris ce fini lisse et tendu que j’espérais. Elle restait un peu plombée, sans ressort. Je sentais déjà, sous mes doigts, que j’écrasais l’air au lieu de le garder dedans.

J’ai laissé les boules seulement 32 minutes avant d’enfourner, et c’était trop court. J’aurais dû leur laisser doubler sans regarder l’horloge avec autant de nervosité. Au four, j’ai poussé la chaleur trop haut dès le départ. Au bout de 18 minutes, la croûte colorait déjà trop vite, et le dessous était plus foncé que le dessus, à peine blond.

J’ai ouvert la porte une fois, puis une deuxième, pour vérifier. Mauvais réflexe. Une odeur de levure chaude, mêlée à un beurre trop cuit, m’a sauté au nez. Les fissures se sont ouvertes sur le dessus au lieu d’une bosse régulière. Je me suis tue, parce que j’ai compris que la fournée filait mal.

Quand j’ai sorti le premier macatia, il pesait plus lourd que prévu dans ma main. Il ne rebondissait pas du tout au toucher. J’ai coupé la première tranche devant ma famille, et j’ai vu une mie compacte, avec une zone humide au centre. Sur les bords, il y avait des trous irréguliers, puis presque rien au milieu. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Mes grands-parents ont souri poliment. Mais à la première bouchée, leurs regards se sont refermés. La mie était dense, presque sèche sur les bords, et la douceur promise n’était pas là. J’ai eu chaud aux joues. Ce moment m’a rappelé que la pression autour de la table se glisse jusque dans les doigts.

Je n’avais pas encore compris que j’avais cumulé plusieurs erreurs. J’avais oublié de laisser la pâte doubler avant de former les boules. J’avais mis le sel trop près de la levure sans l’incorporer correctement. Et j’avais ajouté trop de farine pendant le pétrissage, juste pour me rassurer. La pâte avait perdu sa souplesse, et je l’ai vu trop tard.

Le moment où j’ai changé de regard sur la pâte et le geste

Je suis rentrée dans le détail après coup, avec mes notes sur la table et mes mains encore poudrées de farine. J’ai été convaincue que la pâte ne demandait pas de force, mais de patience. J’ai appris ce soir-là qu’un geste trop sec ferme tout, même une pâte bien lancée.

J’ai recommencé plus tard, sans personne autour de moi. J’ai laissé la pâte lever 1 h 45, puis j’ai formé les boules avec les paumes presque ouvertes. Je les ai touchées comme quelque chose de fragile. Cette fois, je me suis retrouvée face à une pâte souple, qui gardait un peu de tenue sans me résister.

Quand je l’ai laissée respirer après façonnage, la surface a changé. Elle est devenue lisse, puis tendue sans être dure. J’ai regardé la levée au lieu de compter les minutes avec angoisse. La seconde pousse a duré 32 minutes, et la pâte avait pris ce volume léger que je cherchais.

J’ai aussi baissé le four d’un cran. La cuisson a pris 17 minutes cette fois, et la coloration est restée plus calme. Je n’ai pas vu le dessous partir trop vite, ni les bords sécher avant le centre. Le macatia pesait moins lourd dans la main, et il rebondissait un peu quand j’appuyais doucement dessus.

Ce que je retiens de cette première fournée ratée

Cette première fournée m’a appris quelque chose de très simple. La pression sociale me fait pétrir plus fort, et ce réflexe abîme la pâte. Avec mes deux enfants dans les pattes et mes grands-parents dans la pièce d’à côté, j’ai voulu aller trop vite. La recette n’a pas aimé ça, et je l’ai payé cash à la coupe.

Depuis, je regarde la pâte avant de regarder la montre. Je laisse la levée se faire sans la brusquer. Je garde aussi la main légère sur la farine, parce que c’est là que la mie perd sa souplesse. Quand je repense à cette soirée, je vois surtout la lame qui s’enfonce dans un cœur trop serré, puis le silence autour de la table.

Je referais l’expérience sans hésiter, mais pas dans la même ambiance. Je ne serrerais plus les boules comme si je voulais les empêcher de bouger. Je laisserais le temps faire son travail, et je garderais le four plus bas dès le départ. Si on laisse la pâte lever à son rythme, le résultat est plus régulier.

Je garde aussi une limite en tête, parce que je ne joue pas à la spécialiste de tout. Quand une recette doit être adaptée pour un tout-petit, je la simplifie au maximum et je vérifie deux fois les ingrédients. Pour le reste, je reste dans ma cuisine, avec mes notes et mes essais. Et quand je coupe un macatia réussi, je repense à Talensac et à cette première fournée qui m’a appris la douceur.

Avatar de Agathe Bacque
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